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 Rouge, la flamme de la colère, noir, la nuit de l'ignorance [intrigue]

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Etienne Enjolras
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Message#Sujet: Re: Rouge, la flamme de la colère, noir, la nuit de l'ignorance [intrigue]   Rouge, la flamme de la colère, noir, la nuit de l'ignorance [intrigue] - Page 2 I_icon_minitimeMer 19 Sep - 18:15


Rouge, la flamme de la colère, noire la nuit de l'ignorance
T

out n'était plus que chaos, vacarmes, les coups de feu comme des coups de tonerre, les cris des hommes, blessés ou morts sur le coup, le rouge du sang versé, l'odeur de poudre... Si Enjolras n'était pas à ce point exalté, il serait sans doute terrifié. S'il s'était préparé mentalement à prendre les armes, s'il savait que leur combat et le succès de ce dernier devait immanquablement passer par le sacrifice de certains, il n'aurait pu se préparer au sentiment que l'on éprouve lorsque l'on ôte une vie... Encore qu'il n'avait pas encore vraiment conscience de cela... Envahi d'adrénaline, il laissait l'instinct et ses convictions décider de ses gestes, de ses paroles, et il avait peine à estimer qu'il avait encore le moindre le contrôle. Il tira à plus d'une reprise, réussit parfois à atteindre sa cible, manqua souvent sous coup, comme mu par une énergie qui lui était extérieur, comme s'il s'observait faire, comme s'il n'était plus tout à fait lui-même. Les hommes mouraient autour de lui, et il devinait que parmi eux devaient se trouver certains de ses amis, mais il n'était pas temps de s'en soucier ou de s'y intéresser. Il devait rester focalisé sur son objectif. Le moindre instant d'inattention pouvait lui coûter la vie, et il avait entièrement conscience de cela. Cette information, évidemment, n'avait en aucun cas pu lui échapper.

Mu par cette énergie qu'il estimerait divine s'il avait une foi plus grande en Dieu, il ne comprit l'initiative de Marius, à ses côtés, qu'en dernière instance, quand il éleva la voix afin de se faire entendre du plus grand nombre. Une torche enflammée à quelques centimètres à peine d'un barril de poudres, il menaçait les gardes nationaux avec une détermination telle qu'il était impossible de remettre en cause sa volonté. Enjolras voyait luire dans son regard cette lueur qui animait si souvent ses propres prunelles... il aurait été prêt à le faire... Il les aurait tous condamnés s'il l'avait fallu... Et loin de s'en indigner, Enjolras estimait être ici témoin du geste le plus héroïque auquel il aurait pu espérer assister.

L'initiative de Marius eut l'effet escompté. L'ennemi recula, puis se replia totalement, disparaissant à leur vue, laissant un calme de plomb les envahir tout à coup. Il les avait sauvés, temporairement, du moins. Enjolras déposa sa main sur l'épaule de Marius en signe de gratitude.

-Merci.


Des protestations s'élevaient de la part de certains. Il faut dire que son sacrifice aurait pu être leur sacrifice à tout, mais puisque le peuple occultait l'individu, Enjolras estimait que Marius avait agi de la meilleure manière personne.

-Occupons-nous de nos blessés
, ajouta-t-il alors d'un ton ferme, suffisamment haut pour que tout le monde l'entende. Je gage que nous n'aurons que peu de temps avant qu'ils ne reviennent à la charge.





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Marius Pontmercy
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Message#Sujet: Re: Rouge, la flamme de la colère, noir, la nuit de l'ignorance [intrigue]   Rouge, la flamme de la colère, noir, la nuit de l'ignorance [intrigue] - Page 2 I_icon_minitimeSam 5 Jan - 21:07

Rouge, la flamme de la colère, noir, la nuit de l'ignorance.
Les ennemis reculaient, c’était ce que Marius avait cherché à provoquer, un départ de la part de ces ennemis. Ils reculaient et le jeune homme pouvait donc éloigner le baril de poudre de la flemme qu’il avait emporté avec lui… dans un soupire montrant tout de même son soulagement. Sur l’instant, Marius n’avait pas spécialement réfléchit, il avait vu à quel point la situation était en train de partir en leur défaveur et il avait simplement agi à l’instinct. Mais maintenant qu’il y avait plus de calme et qu’il n’y avait plus, ni tir, ni corps tombant lourdement sur le sol, Marius pouvait réfléchir un peu plus posément et bien évidemment ses pensées ne purent qu’aller vers Cosette. Il était prêt à se sacrifier, vraiment, si les hommes n’avaient pas décider de reculer afin d’éviter le pire, il aurait fait sauter ce baril de poudre. Et Cosette ? À peine mariée, elle se serait retrouvée veuve. Il prenait d’ores et déjà le risque en se rendant aux barricades, mais la situation lui sautait bien plus au visage tout d’un coup. Il aurait pu mourir en cet instant précis, il aurait pu disparaître de la vie de Cosette…

Mais c’était pour la bonne cause, quand Enjolras vint poser sa main sur son épaule pour le remercier, Marius lui adressa un signe de la tête. C’était normal, c’était ce qu’il devait faire. Il réalisait son geste seulement maintenant, bien évidemment, mais il considérait quand même qu’il devait le faire et il l’avait fait tout simplement. Marius prit la peine de descendre des barricades, sous la protestation de certain de ses camarades. Le jeune homme ne prêta pas vraiment attention à ce qu’ils dirent et Enjolras coupa court à tout débat en affirmant qu’ils devaient s’occuper de leurs blessés, puisqu’ils n’avaient sans aucun doute que peu de temps avant qu’ils ne reviennent à la charge. Marius avait réussi à faire en sorte de gagner un peu de temps, mais ça n’allait pas suffire du tout. Ils allaient revenir et ils devaient se tenir prêt, ils devaient faire en sorte de survivre à la prochaine vague.

Le regard de Marius se posa sur elle, Eponine, au sol, couverte de sang. Il s’approcha vivement d’elle, plaquant sa main sur sa blessure dans le but de retenir un peu le sang qui s’écoulait.

« Eponine… »
Dit-il dans un souffle, espérant qu’elle l’entende. Il la reconnaissait, le jeune homme qui s’était interposé devant le fusil… qui lui avait sauvé la vie. C’était elle ? Il sentit son cœur se serrer à cette idée, à l’idée qu’elle ait pu se sacrifier pour lui. « Ça va aller… tu vas t’en sortir. »

Est-ce qu’il le pensait vraiment ? Il avait envie de le penser, mais il ne pouvait pas nier que c’était quand même plus compliqué que ça… elle était gravement blessé et il ne savait pas si elle pourrait s’en remettre. Mais il était hors de question pour lui de s’éloigner.
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Quel vide que l'absence de l'être qui à lui seul remplit le monde ! Oh ! comme il est vrai que l'être aimé devient Dieu. On comprendrait que Dieu en fût jaloux si le Père de tout n'avait pas évidemment fait la création pour l'âme, et l'âme pour l'amour.
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Éponine Thénardier
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Message#Sujet: Re: Rouge, la flamme de la colère, noir, la nuit de l'ignorance [intrigue]   Rouge, la flamme de la colère, noir, la nuit de l'ignorance [intrigue] - Page 2 I_icon_minitimeDim 6 Jan - 10:18


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J

amais Eponine n'avait éprouvé une telle douleur. C'était si puissant, si lancinant, que c'en était presque iréel. Elle avait le sentiment que le monde se dérobait sous elle, le sentiment que toutes les flammes de l'enfer ne réussiraient pas à la réchauffer. Elle tenait sa main sans savoir comment faire pour empêcher le sang de couler. Et il y en avait tellement, du sang.. C'était un flot incessant. Comment un corps humain pouvait en contenir autant ? Elle ne savait pas, mais elle se doutait qu'elle passerait l'arme à gauche avant d'avoir la réponse. Tremblant de tous ses membres, elle n'avait plus conscience de rien. Elle ne réalisa pas que l'ennemi avait reculé, ou leur accordait tout du moins un répit supplémentaire... qui ne servirait peut-être à rien pour lafaible jeune femme de moins en moins apte à comprendre ce qui lui arrivait. Elle se sentait partir, partir. Ce fut une voix familière, douce chaude et rassurante, qui la rappela à la raison. A travers un voile de larmes de douleur, elle aperçut la silhouette de Marius, et sa voix était comme une douce berceuse. Quand elle le voyait ainsi, alors que sa main s'emparait de la sienne dans l'espoir d'empêcher un peu de l'écoulement du sang, quand elle l'entendait espérer qu'elle survive, elle songeait seulement que si vraiment elle devait mourir cette nuit, elle n'aurait aucun regret. C'était pour lui. Tout ça. Pour lui...

Elle se contenta d'esquisser un léger sourire quand Marius affirma qu'elle allait s'en sortir... Elle n'était pas aussi optimiste que lui... Et elle ne savait pas, en réalité, si elle avait réellement la force de se battre en cet instant. Il était le seul à pouvoir la convaincre de rester en vie... mais quand elle songeait à tenir pour lui, elle se rappelait la vie qui attendait le jeune homme : sa charmante épouse qui devait espérer retrouver son mari en vie. Elle n'irait pas jusqu'à dire qu'il valait mieux mourir, mais mourir pour lui paraissait encore être le mieux qu'elle pourrait accomplir.

-S... serrez-moi dans vos bras, s'il vous plaît, monsieur Marius
, dit-elle d'une voix tremblante.

Une étreinte ne guérirait évidemment pas le moindre de ses maux, mais elle avait plus que jamais besoin des bras du jeune homme, et pour une fois, pour la seule fois de ce qui était peut-être sa vie déjà à son terme, elle se pensait légitime à exiger cela de lui. Elle savait que ce serait le moment de tout lui dire, de lui apprendre combien elle l'aimait, à quel point se sacrifier pour lui serait toujours le geste le plus naturel qu'elle aurait pu faire de son existence. Puisque c'était pour lui. Sans vivre avec lui, elle pouvait mourir pour lui...




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Louison Bahorel
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Message#Sujet: Re: Rouge, la flamme de la colère, noir, la nuit de l'ignorance [intrigue]   Rouge, la flamme de la colère, noir, la nuit de l'ignorance [intrigue] - Page 2 I_icon_minitimeJeu 24 Jan - 11:37

Rouge, la flamme de la colère, noire, la nuit de l'ignorance

Louison & ?


La douleur est terrible, insupportable, lancinante. Je ferme les yeux et sous mes paupières, je vois luire des milliers d'étoiles, leur vision heurte mes tympans, et tout se mélange : l'éclat des voix, le cris des hommes, les hurlements de douleur, l'odeur du sang et de la poudre, l'horreur, l'horreur, l'horreur. Je voudrais faire quelque chose. Je dois faire quelque chose. Ce doit être mon moment. Si je n'y survis pas, il faut que je meure dans l'honneur, mais toute esquisse de mouvement me semble inconcevable. Je crois que je suis consciente, car mes sens aiguisés me livrent tout le détail cruel de cet instant fondateur et terrible, qui prendra tant des nôtres, et ne sauvera peut-être rien d'une nation que je veux croire belle, que je veux croire capable de renaître de ses cendres. De ces cendres-là, celles que laisseront nos corps carbonisé quand aura sonné le glas.

Je crois que je délire...

J'entends des voix que l'on m'approche. Une formule interrogative. Je crois que l'on me parle. Mais je ne comprends rien. Les voix sont un brouhaha, une cacophonie. Plus rien n'a de sens. Dans mes pensées, ça s'embrouille, ça s'emmêle. Sous mes paupières closes, c'est maintenant un vertige de formes et de couleurs. J'ai le coeur au bord des lèvres, je crois que je vais vomir... J'entends une voix. Je crois que c'est celle de Jonah. Je ne suis pas sûre, je ne suis sûre de rien. Je tremble. Comme une feuille. Alors qu'on me transporte je ne sais où. Je sens à peine les épaules sous mes bras. Je crois que je pleure, je ne sais pas. Je ne sais plus rien.

J'ai tellement mal...

Une porte claque derrière moi. J'ignore qui vient de la fermer, je sais que je suis à l'intérieur, maintenant... à l'intérieur de quoi ? Que sais-je. Il fait un peu plus chaud. Mais j'ai tout de même si froid... La douleur s'intensifie quand quelqu'un nettoie la plaie à mon épaule. J'entends un gémissement. Je crois qu'il s'échappe de mes lèvres. Je crois. Je veux articuler quelque chose, ou ouvrir les yeux pour mieux comprendre, mais je n'y arrive pas. Je me laisse soigner sans réussir à réagir, et je lutte contre la conscience dans laquelle l'on veut me laisser sombrer.

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Guillaume Grantaire
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Message#Sujet: Re: Rouge, la flamme de la colère, noir, la nuit de l'ignorance [intrigue]   Rouge, la flamme de la colère, noir, la nuit de l'ignorance [intrigue] - Page 2 I_icon_minitimeJeu 28 Mar - 15:02

Rouge, la flamme de la colère, noir, la nuit de l'ignorance.
Grantaire ne parvenait pas à détourner son regard de toutes les blessées qui se trouvaient maintenant à l’écart, afin d’être soigné. Mais plus encore de tous ces corps qu’on avait transporté petit à petit de la barricade jusqu’à l’écart. Parce qu’ils étaient morts maintenant et qu’il n’y avait plus rien à faire. Il y avait tant de sang sur le sol et ce n’était pas fini. Grantaire avait tout d’un coup remarqué l’arrêt des bruits sourds des tirs de fusils, sans réellement comprendre pourquoi ça ne tirait plus Avant d’entendre certain de ses camarades reprocher à Marius son attitude suicidaire, le fait qu’il aurait pu tous les tuer. Mais n’étaient-ils pas déjà tous en train de mourir de toute façon ? Si, clairement… si.

Maintenant, il semblerait qu’ils aient l’occasion d’avoir une pause, mais Grantaire ne savait pas pour combien de temps. Peu de temps visiblement, d’après ce qu’il avait pu entendre de la part de Enjolras qui avait ordonné qu’on s’occupe des blessés. Peu de temps avant que ça reprenne, peu de temps avant que ça ne recommence, avant qu’ils ne meurent tous. Parce que c’était le sort qui les attendait, c’était évident. Et pourquoi ? Pour une bataille qui ne servait à rien, pour un combat qu’ils ne pouvaient pas mener. Sans doute que Grantaire devrait prendre la décision de s’en aller, de partir avant qu’il ne soit trop tard. Mais non, il ne partirait pas. Il allait mourir ici et maintenant, il allait disparaître maintenant et au fond… au fond, ça ne le dérangeait pas plus que cela. Grantaire tourna un instant son regard vers Enjolras, non ça ne le dérangeait pas de mourir maintenant.

Il déambula un peu parmi les blessés, remarquant Louison en train de se faire soigner par son frère et d’autres de leurs camarades. Parmi tous les autres blessés qui étaient pris en charme, pour mieux perdre la vie sans doute après. Il marcha entre les corps, entre les blessés, jusqu’à afficher un sourire en coin quand son regard se posa enfin sur ce qu’il cherchait. Une survivante. Une bonne survivante. Cette bouteille de vin planquée dans un coin qui n’était pas cassé, et qui en prime se trouvait pleine. Le jeune homme s’approcha donc de la rescapée avant de l’attraper et d’aller s’assoir dans un coin, pour siroter l’alcool qu’il n’avait pas spécialement besoin d’ajouter dans ses veines, la tête reposée contre le mur et le regard perdu dans le vide.

Alors qu’il entendait les murmures concernant le sort de l’inspecteur qui avait essayé de les espionner, sans y prêter plus attention que cela. Cet homme pouvait bien mourir ou non, finalement ça lui était clairement égal. Parce que ça n’allait pas changer quoi que ce soit à leur sort à eux.
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Etienne Enjolras
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Message#Sujet: Re: Rouge, la flamme de la colère, noir, la nuit de l'ignorance [intrigue]   Rouge, la flamme de la colère, noir, la nuit de l'ignorance [intrigue] - Page 2 I_icon_minitimeJeu 28 Mar - 17:52


Rouge, la flamme de la colère, noire la nuit de l'ignorance
L

e calme après la tempête. A présent que l'agitation avait cessé, ou qu'elle se révélait tout du moins d'un autre ordre, il se révélait impossible de ne pas constater combien les pertes, humaines surtout, avait été nombreuses. Les corps s'entassaient à l'intérieur de la demeure où les cadavres de ses frères d'arme étaient traînés un à un, sans souffle, guerriers d'un combat sans espoir, symboles ternis d'une révolution morte avant d'être née. Il y avait beaucoup de blessés, aussi, des hommes auxquels il ne serait plus possible de demander de combattre. Le constat était difficile, douloureux, mais il fallait le regarder en face, ne pas détourner les yeux. Ces vies abattues, fauchées dans la fleur de l'âge, n'étaient qu'une raison de plus de lutter, le plus fort possible, le plus sûrement possible.

Peut-être qu'ils mouraient tous cette nuit... ce devenait même une certitude, pour ceux du moins qui ne décideraient pas à présent de partir, pour ceux de ces blessés qui ne survivraient pas à leurs blessures... Mais si le peuple gardait en mémoire ce moment, s'il pouvait servir d'inspiration à d'autres, si ce mouvement pouvait en initier des dizaines d'autres, alors leur sacrifice n'aurait pas été vain. Le sang qui éclaboussait les pavés sur lesquels il marchait, c'était un témoignage fort, éclatant, plus puissant que toutes leurs voix réunies quand ils scandaient des discours que tous écoutaient mais n'osaient pas entendre.

Quand tous les blessés furent mis à l'abri, quand Enjolras fut assuré qu'ils étaient tous pris en charge, il s'écarta, observa une oeuvre à laquelle il n'était pas étrangère. Il n'éprouvait pas de culpabilité. Chacun ici avait choisi de se battre en son âme et conscience, il n'avait obligé personne. Mais même conscient de cela, il ressentait comme une déchirure en son âme pour chaque vie dérobée. Il avait plus que jamais conseillé à ceux qui ne supportaient pas l'horreur, qui comprenaient corps et bien ce qui les attendait, de fuir au plus vite, de rentrer chez eux, de retrouver leurs familles. Certains avaient obéi, pas tous. Beaucoup restaient. Parmi eux, Grantaire... le dernier dont il aurait soupçonné la ferveur et qui pourtant était toujours là. Enjolras se laissa tomber lourdement à côté de lui, lui prit la bouteille des mains et s'en servit une gorgée. Peut-être la dernière. Un dernier toast en l'honneur des tombés au combat qu'il rejoindrait très prochainement. Puis il rendit sa bouteille à Grantaire. Il ne disait rien, mais le geste parlait de lui-même. En cet instant, il ressentait à l'adresse de celui qu'il avait si souvent conspué un sentiment de profonde reconnaissance.

Le temps s'écoula, puis les bruits de pas. Beaucoup. Des renforts, ils venaient pour achever leur oeuvre. Enjolras se redressa d'un geste vif. Le dernier acte se jouait maintenant, il fallait qu'ils soient à la hauteur.

-Ils reviennent ! Tous à vos postes !

Il tendit sa main en direction de Grantaire et l'aida à se relever. Une fois debout, sans prévenir, il l'étreignit un court instant. Peut-être le dernier geste de solidarité qu'il adresserait jamais à quiconque.

Puis il retourna se positionner en haut des barricades.




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Etienne Enjolras
La France est grande parce qu'elle est la France. Quia nominor leo.
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Message#Sujet: Re: Rouge, la flamme de la colère, noir, la nuit de l'ignorance [intrigue]   Rouge, la flamme de la colère, noir, la nuit de l'ignorance [intrigue] - Page 2 I_icon_minitime

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